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Heure d'hiver le 25 octobre : ce que le changement d'heure économise vraiment, chiffres de l'ADEME à l'appui

Dans la nuit du 24 au 25 octobre, on recule les horloges. L'étude de l'ADEME parle d'économies réelles mais modestes : ce que disent les chiffres, et les réglages qui pèsent davantage sur votre facture.

Heure d'hiver le 25 octobre : ce que le changement d'heure économise vraiment, chiffres de l'ADEME à l'appui

Dimanche matin, vers sept heures, la cuisine est déjà claire alors que le four affiche encore l'heure d'été et que le réveil de la chambre, lui, a changé tout seul. Le soir, un peu après dix-sept heures, la lumière aura disparu avant même que vous ayez fini de ranger les courses. Chaque dernier week-end d'octobre ramène la même question : ce décalage d'une heure sert-il encore à quelque chose pour l'énergie ou pour votre facture ? Les chiffres de l'ADEME répondent plus clairement qu'on ne le croit, et ils ne disent pas ce que beaucoup de gens imaginent.

Dans la nuit du 24 au 25 octobre : ce qui change concrètement

Le passage à l'heure d'hiver aura lieu dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026. À 3 heures du matin, il sera de nouveau 2 heures : vous gagnez une heure de sommeil, mais le soleil se couche plus tôt à la montre, avant 18 heures dans une grande partie de la France. Les téléphones, les ordinateurs et les box se mettent à l'heure sans votre aide, car ils lisent l'heure du réseau et appliquent la règle du fuseau horaire. En revanche, le four, le micro-ondes, l'autoradio, la montre à aiguilles et les vieux programmateurs de prises ou de volets attendent que quelqu'un les règle, et c'est là que les surprises commencent. Un chauffe-eau relié à un programmateur mécanique, par exemple, peut démarrer une heure trop tôt ou trop tard pendant des semaines sans que personne ne s'en aperçoive. Le plus simple est de faire le tour de la maison dimanche matin avec un téléphone en main, pièce par pièce, et de noter tout ce qui affiche une heure.

Pour la plupart des foyers, la question de l'énergie se joue donc moins dans la nuit du changement que dans les semaines qui suivent, quand les soirées sombres allongent la durée d'éclairage.

Ce que l'ADEME a réellement mesuré

L'Agence de la transition écologique a lancé en 2010 une évaluation de l'effet du changement d'heure sur la consommation d'énergie en France. Ses conclusions sont restées célèbres, parce qu'elles sont nuancées : des économies d'énergie et de CO2 « réelles mais modestes, pour un coût quasi nul de mise en œuvre ». Sur l'éclairage, le gain était confirmé en 2009 à environ 440 GWh, soit la consommation d'éclairage de quelque 800 000 ménages, ce qui représentait 44 000 tonnes de CO2 évitées. Pour le chauffage, en revanche, les hausses et les baisses liées au changement d'heure n'étaient pas significatives, et l'ADEME estimait qu'elles ne le deviendraient, à l'horizon 2030, qu'à condition que des régulations automatiques respectent les consignes de température. L'étude notait aussi un effet sur la pointe électrique : en 2009, la puissance appelée à 19 heures avait baissé de 3,5 GW grâce au décalage, un point qui compte pour le réseau au printemps et à l'automne, quand les marges sont plus étroites. Le message de fond tient en une phrase : un gain réel, mais petit, obtenu presque sans dépense, qui ne justifie ni l'enthousiasme de ses défenseurs ni la colère de ses détracteurs sur le seul terrain de l'énergie.

Ces chiffres datent d'une époque où les ampoules à incandescence étaient encore courantes, et l'ADEME le dit elle-même : le gain sur l'éclairage diminue avec la généralisation des lampes basse consommation et avec le calage de l'éclairage public sur la nuit solaire. Elle l'évaluait à 340 GWh pour 2030.

Mettre 440 GWh en perspective

440 GWh, c'est beaucoup à l'échelle d'un immeuble et très peu à l'échelle d'un pays. La consommation annuelle d'électricité de la France est de l'ordre de 450 TWh, c'est-à-dire 450 000 GWh, et notre calcul place donc l'économie liée à l'éclairage autour de 0,1 % du total. Pour un ménage, cela se traduit par quelques euros par an au mieux, bien en dessous de ce que fait gagner un réglage correct du thermostat : l'ADEME répète depuis des années qu'un degré de moins dans le logement représente environ 7 % de chauffage économisé.

Alors, faut-il supprimer le changement d'heure ? Cette question dépasse l'énergie, et l'ADEME précise d'ailleurs qu'elle a écarté de ses évaluations les rythmes biologiques et les activités agricoles, faute d'études solides, ce qui rappelle que le débat public mélange souvent des arguments qui n'ont pas la même base.

Un calcul à faire chez vous : LED contre halogène

Prenons une entrée et une cuisine éclairées par cinq ampoules, allumées une heure de plus chaque soir entre le 25 octobre et fin mars, soit environ 150 jours. Avec des LED de 8 W, cela représente 40 W pendant 150 heures, c'est-à-dire 6 kWh. Avec des halogènes de 50 W, on passe à 250 W pendant 150 heures, soit 37,5 kWh. Au prix, supposé ici, de 0,20 € le kWh (vérifiez le vôtre sur votre facture), la première option coûte 1,20 € sur la saison et la seconde 7,50 €. Le calcul est le nôtre et reste volontairement simple : il ne tient compte ni de la variation du prix de l'électricité ni du nombre réel d'ampoules allumées.

La leçon pratique est que le type d'ampoule pèse plus que l'heure affichée par la pendule. Si vous avez encore des halogènes dans les pièces où l'on allume dès la fin d'après-midi, le changement d'heure est un bon prétexte pour les remplacer, et le surcoût d'une LED se rattrape en une ou deux saisons.

Pourquoi l'effet sur l'éclairage s'érode

Quand une heure de lumière naturelle passe du matin au soir, on allume moins tard en fin d'après-midi et un peu plus tôt au réveil. Le bilan dépendait donc surtout de ce que l'on allumait. Avec les LED, la puissance installée par logement a fortement baissé, et chaque heure d'éclairage évitée pèse beaucoup moins qu'autrefois. Les villes ont aussi fait évoluer leurs horaires d'éclairage public, que la loi encadre désormais selon la nuit solaire, et la lumière artificielle qu'une heure de jour supplémentaire pouvait remplacer est elle-même moins gourmande. Les ordres de grandeur de 2009 ne se retrouvent donc plus tels quels aujourd'hui, et l'estimation de l'ADEME pour 2030 en tenait déjà compte.

Ce raisonnement a une limite que les opposants au changement d'heure oublient parfois : un effet qui diminue n'est pas un effet nul, et les études ne peuvent pas se substituer à une mesure faite avec le parc d'ampoules actuel. Personne, à notre connaissance, n'a publié de mise à jour comparable à celle de 2010 sur le parc actuel. Les chiffres cités ici sont donc ceux de l'ADEME, et il vaut mieux les prendre pour ce qu'ils sont : un ordre de grandeur ancien, honnête sur ses limites.

Bruxelles, huit ans plus tard : toujours bloqué

En 2018, la Commission européenne proposait de supprimer le changement d'heure saisonnier, et le Parlement européen a voté en faveur de cette suppression l'année suivante. Huit ans plus tard, le texte n'a toujours pas abouti : selon les comptes rendus de presse de la semaine, il reste bloqué au Conseil de l'Union européenne, qui doit s'accorder avec le Parlement pour adopter la législation nécessaire. En attendant, la règle actuelle continue de s'appliquer, et chaque État membre reculera ses horloges le dernier dimanche d'octobre. Si vous attendiez l'annonce d'un changement imminent, ce n'est donc pas pour cette année : prévoyez de refaire vos réglages en mars 2027, sauf décision contraire du Conseil.

Cinq réglages utiles dès ce week-end

  • Remettez à l'heure le four, la voiture et tout appareil sans connexion, en commençant par ceux qui pilotent un chauffage ou un chauffe-eau.
  • Vérifiez les programmateurs de volets roulants et de prises : un décalage d'une heure fait chauffer l'eau en pleine journée.
  • Passez les éclairages extérieurs sur une cellule crépusculaire plutôt que sur une minuterie fixe, car la nuit tombera plus tôt chaque semaine jusqu'à fin décembre.
  • Remplacez les dernières ampoules à incandescence ou halogènes des pièces où l'on allume tôt, comme l'entrée ou la cuisine.
  • Au passage, relisez la programmation de votre thermostat : si vous la décalez d'une heure sans réfléchir, vous chauffez un logement vide.

Si vous habitez en copropriété avec un chauffage collectif, vous ne réglez rien vous-même, et c'est le gestionnaire de l'immeuble qui doit vérifier que la régulation suit bien l'heure légale. Une question posée par écrit au syndic ou au conseil syndical, avant les premiers froids, coûte deux minutes et évite des semaines de chauffage décalé. Les locataires peuvent la poser aussi, par l'intermédiaire de leur bailleur ou du gestionnaire de l'immeuble. Si la réponse tarde, notez simplement la date de votre demande : elle servira de repère si les charges de chauffage de l'hiver vous paraissent anormales au moment de la régularisation annuelle.

Ne comptez pas sur l'heure d'hiver pour faire baisser votre facture, mais ne la laissez pas non plus la faire grimper : les réglages ci-dessus pèsent plus lourd que le décalage lui-même. Le plus rentable reste un geste que personne ne remarque : une heure de chauffage de moins par jour dans les pièces vides, toute la saison, sans rien acheter.